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« Pouvoir sacré » et séparation des pouvoirs dans l’Église (n°73/2, 2023)

RÉSUMÉS

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Benoît-Dominique de La Soujeole o.p., Pouvoir sacré ou pouvoir sacramentel dans l’Église ?, RDC 73/2, 2023, p. 235-241.

Même s’il n’est pas encore officiellement question de révision (de l’intégralité) du Code de droit canonique, l’actuel Le « pouvoir » dans l’Église, spécialement celui exercé par les clercs, doit être compris à partir de la notion de service. Cela est classique. Il convient cependant d’avoir une perception proprement théologique du service qui est, par la Tradition issue des Pères de l’Église, donnée par la notion d’instrument. Cela permet de bien situer la réelle capacité ministérielle en évitant les excès que l’on déplore aujourd’hui sous le terme d’abus. Ce faisant, l’exercice de l’autorité ecclésiale revêt une valeur d’exemplarité également pour l’autorité civile.

Martin Pinet, Approche historique de la séparation des pouvoirs dans l’Église : de la bipartition ordre-juridiction aux tria munera, RDC 73/2, 2023, p. 243-255.

Lorsque les pères du concile Vatican II étudient la question du pouvoir dans l’Église, ils se trouvent confrontés à un débat théologique séculaire : en effet, l’origine du pouvoir peut être placée dans l’ordre, c’est-à-dire le sacrement, ou dans la juridiction, c’est-à-dire la mission reçue de l’autorité ecclésiastique. Une étude d’ecclésiologie historique montre que cette bipartition du pouvoir, méconnue du premier millénaire, qui est apparue au haut Moyen-Âge et s’est ensuite imposée progressivement, n’a pas été retenue dans les textes conciliaires, qui lui ont préféré la tripartition des munera de sanctification, d’enseignement et de gouvernement. Le sacrement est donc l’unique source du pouvoir dans l’Église, qui s’exerce différemment selon qu’il a été reçu dans le baptême ou l’ordination.

Gabriel Planchez, Penser le pouvoir dans l’Église : une articulation entre la sacramentalité de l’église et les tria munera, RDC 73/2, 2023, p. 257-269.

Réfléchir à la séparation des pouvoirs dans l’Église suppose de prendre en compte la singularité de l’Église. Pour cela, nous proposons de partir de la définition de Lumen gentium de l’Église : L’Église est sacrement universelle du salut (LG 48). Nous présentons dans une première partie les caractéristiques de cette définition de l’Église, pour, dans une seconde partie, expliciter quelques notions qui nous paraissent indispensables pour penser le pouvoir dans l’Église.

Jean-Marie Donegani, Église et démocratie, RDC 73/2, 2023, p. 271-290.

Toute l’histoire de la civilisation occidentale peut être condensée à travers le prisme des rapports entre l’Église et les pouvoirs séculiers et entre le domaine du religieux et celui du politique. Et l’essentiel tient en ce que les deux couples d’oppositions ne se sont jamais superposés. Dans la concurrence entre le pouvoir de la papauté et celui des royautés, les deux autorités ont revendiquées l’une et l’autre la plénitude du pouvoir, à la fois temporel et spirituel. Quant à la condamnation de la modernité politique par l’intransigeantisme romain, elle a toujours porté sur le libéralisme mais non sur la démocratie. Toutefois, le modèle politique célébré par le magistère (notamment par Pie XII dans son radio-message de noël 1944) n’est pas celui de la démocratie représentative où c’est le citoyen qui est souverain, mais celui de la démocratie incarnative où c’est le peuple comme réalité organique qui est souverain au-delà de la sérialité des individus.

Jean-François Chiron, Vatican II et la présidence unifiée des trois fonctions ecclésiales, RDC 73/2, 2023, p. 291-310.

La distinction, posée par Vatican II, entre les trois munera d’enseignement, de sanctification et de gouvernement, si elle est devenue classique, n’est pas sans continuer à interroger. Quant à la potestas sacra reçue à l’ordination épiscopale ou presbytérale, l’expression même semble aujourd’hui problématique. On propose ici de considérer que les munera sont reçues au baptême, la potestas sacra étant comprise comme un ministère de présidence par quelques-uns de ce qui revient à tous. La question est envisagée de la séparation possible, et semble-t-il souhaitée par diverses instances, de cette présidence des munera.

Brigitte Cholvy, Pour une approche évangélique critique de la notion de sacré, RDC 73/2, 2023, p. 311-329.

Après avoir examiné quatre tensions autour de la notion de sacré, qui aboutissent au constat d’un lien insécable entre sacré et pouvoir, lien qui intègre la violence et n’est pas indemne d’une posture idolâtrique, l’a. propose une ouverture fondée christologiquement et allant vers la mise en œuvre d’une réelle désacralisation, analogique à celle opérée à propos de la nature par rapport à la Création, et concernant les « pratiques de salut ».

Thibault Joubert, Perspectives canoniques sur la séparation des pouvoirs dans l’Église catholique, RDC 73/2, 2023, p. 331-349.

Les concepts de sacra potestas et de « séparation des pouvoirs » tels qu’il sont induits dans la recommandation 34 de la CIASE peuvent paraître radicalement hétérogènes, voire en opposition. Le premier relèverait alors d’une approche théologique alors que le second serait strictement mondain. Cet article vise à dépasser cet antagonisme en montrant que la portée théologique des catégories utilisées pour qualifier le fondement de l’institution ecclésiale ne peut être comprises qu’à partir de leur enracinement historique et en lien avec les compréhensions politiques séculières du pouvoir qui elles-mêmes peuvent porter des aspirations à une forme de transcendance. C’est à cette condition que les perspectives du droit canonique à propos d’un exercice décentré et synodal du pouvoir pourront être envisagées.


Benoît-Dominique de La Soujeole o.p., Sacred power or sacramental power in the Church ?, RDC 73/2, 2023, p. 235-241.

The « power » in the Church, especially that exercised by the clergy, must be understood in terms of service. This is a classical understanding. However, it is important to have a properly theological perception of service, which is, according to the tradition stemming from the Church Fathers, conveyed by the notion of an instrument. This allows for a proper placement of ministerial capacity while avoiding the excesses lamented today under the term « abuse ». In doing so, the exercise of ecclesial authority takes on a value of exemplarity, also for civil authority.

Martin Pinet, Historical approach to the separation of powers in the Church : from the bipartition order-jurisdiction to the tria munera, RDC 73/2, 2023, p. 243-255.

When the fathers of the Second Vatican Council examine the question of power in the Church, they find themselves engaged in a centuries-old theological debate. Indeed, the origin of power can be placed either in the order, that is, the sacrament, or in jurisdiction, that is, the mission received from ecclesiastical authority. A study of historical ecclesiology reveals that this bipartition of power, unnoticed in the first millennium, emerged in the early Middle Ages and gradually gained prominence but was not endorsed in the conciliar texts. Instead, the council favored the tripartition of the munera of sanctification, teaching, and governance. Therefore, the sacrament is the sole source of power in the Church, and its exercise varies depending on whether it has been received in baptism or ordination.

Gabriel Planchez, Thinking the power in the Church : an articulation between the sacramentality of the Church and the tria munera, RDC 73/2, 2023, p. 257-269.

Reflecting on the separation of powers in the Church involves considering the uniqueness of the Church. To do this, we propose starting with the definition of the Church from Lumen Gentium : the Church is the universal sacrament of salvation (LG 48). In the first part, we outline the characteristics of this definition of the Church, and in the second part, we elaborate on some essential concepts that we believe are necessary to contemplate power within the Church.

Jean-Marie Donegani, Church and democracy, RDC 73/2, 2023, p. 271-290.

The entire history of Western civilization can be condensed through the prism of the relationship between the Church and secular powers and between the religious and political domains. The essence lies in the fact that the two pairs of oppositions have never overlapped. In the competition between the power of the papacy and that of the monarchies, both authorities claimed the fullness of power, both temporal and spiritual. As for the condemnation of political modernity by Roman intransigentism, it has always focused on liberalism but not on democracy. However, the political model celebrated by the magisterium (especially by Pius XII in his Christmas radio message of 1944) is not that of representative democracy where the citizen is sovereign, but that of incarnative democracy where the people as an organic reality are sovereign beyond the seriality of individuals.

Jean-François Chiron, Vatican II and the unified presidency of the three ecclesial functions, RDC 73/2, 2023, p. 291-310.

The distinction, established by Vatican II, between the three munera of teaching, sanctification, and governance, while it has become classic, continues to raise questions. As for the sacra potestas received at episcopal or presbyteral ordination, the very expression seems problematic today. It is proposed here to consider that the munera are received at baptism, with sacra potestas understood as a ministry of presidency by some of what belongs to all. The question is considered regarding the possible separation, seemingly desired by various instances, of this presidency from the munera.

Brigitte Cholvy, For a critical evangelical approach to the notion of the sacred, RDC 73/2, 2023, p. 311-329.

After examining four tensions around the notion of the sacred, which lead to the observation of an inseparable link between the sacred and power, a. suggests an opening grounded in Christology and moving towards the implementation of a genuine desacralization, analogous to that carried out in relation to nature in relation to Creation, and concerning « salvation practices ».

Thibault Joubert, Canonical perspectives on the separation of powers in the catholic Church, RDC 73/2, 2023, p. 331-349.

The concepts of sacra potestas and « separation of powers » as implied in recommendation 34 of the CIASE may seem radically heterogeneous, even in opposition. The former would then fall under a theological approach, while the latter would be strictly worldly. This article aims to overcome this antagonism by demonstrating that the theological significance of the categories used to qualify the foundation of the ecclesial institution can only be understood based on their historical roots and in connection with secular political understandings of power, which themselves may carry aspirations to a form of transcendence. It is under these conditions that perspectives of canon law regarding a decentralized and synodal exercise of power can be considered.

 

 

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